L’expérimentation animale en question

Pour ou contre l’expérimentation animale?

CONTRIBUTION EXTERNE Publié le – Mis à jour le

OPINIONS

Face-à-face. Les activistes se déchaînent contre l’utilisation des animaux pour la recherche. Les scientifiques répliquent et craignent pour les avancées de la science. Verdict en deux opinions.

Contre l’expérimentation : André Ménache, vétérinaire; conseiller scientifique pour l’ASBL Suppression des expériences sur l’animal (SEA) © Antidote-Europe

CONTRE

Reconnaissons la faillite du modèle animal dans la recherche. Ces espèces sont trop éloignées de l’homme. Près de 90 % de la recherche biomédicale, en grande partie faite sur des animaux, serait inefficace.

La recherche animale est en crise aujourd’hui. Les chercheurs utilisant des animaux voudront bien nous faire croire qu’ils sont victimes de « harcèlements » de la part des associations de protection animale. Mais c’est loin d’être la vraie raison pour laquelle ces chercheurs se sentent tellement mal à l’aise. En fait, près de 87,5 % de la recherche biomédicale (en grande partie faite sur des animaux) serait inefficace selon les chercheurs eux-mêmes (ou du moins les plus honnêtes).

C’est alors l’occasion d’exposer le coût-bénéfice réel de la recherche animale. On peut compter des centaines de millions d’animaux « sacrifiés » au cours des dernières décennies dans le monde entier et des centaines de milliards d’euros et de dollars octroyés, pour quel résultat concrètement ? Le public n’est pas dupe mais il est peu informé. Si le contribuable pouvait soupçonner le coût-bénéfice réel de la recherche animale, il ne voudrait certainement pas être le complice involontaire d’un tel gâchis.

Une politique de sécurité sanitaire scandaleuse

Notre société a trop fait confiance aux hommes et aux femmes en blouses blanches œuvrant dans des laboratoires bien discrets. Ceux-ci nous ont promis de trouver des traitements pour telle ou telle maladie mais à la condition sous-tendue que nous soyons généreux, et même très généreux avec nos dons. Nous sommes aujourd’hui tous victimes d’une politique de sécurité sanitaire scandaleuse. On nous a fait croire que les souris nous ressemblent parce qu’elles possèdent également un système nerveux et un système immunitaire. C’est exactement l’état des lieux de la médecine à l’époque de Claude Bernard (1865) alors que nous sommes séparés des souris par 70 millions d’années d’évolution.

Un autre coup inattendu contre les chercheurs a eu lieu en 2015 quand le NIH (National Institutes of Health, le plus grand organisme de recherche biomédicale au monde) annonça qu’il ne financera plus la recherche biomédicale sur les chimpanzés. Cette décision découle d’une évaluation strictement scientifique, demandée deux ans plus tôt à l’Institut de médecine aux Etats-Unis.

Après le chimpanzé, c’est le singe qui nous ressemble le plus au niveau génétique. Petit bémol : si nous sommes déjà éloignés du chimpanzé par 7 millions d’années d’évolution, 25 millions d’années nous séparent du singe en termes de fonctionnement physiologique. Ayant quasiment décimé les populations du singe macaque de type « rhésus » en Inde pendant les années 1960 à 1980, les chercheurs ont alors tourné leur attention vers l’élevage intensif du singe macaque de type « crabier » afin de fournir un animal de laboratoire « propice » en vue d’effectuer les tests de toxicologie requis pour une autorisation de mise sur le marché des médicaments destinés à l’homme. Il est important de signaler que cette exigence réglementaire date de 1947, à l’occasion du procès de Nuremberg. Il est donc temps de la mettre à jour par rapport aux connaissances actuelles, c’est-à-dire, remplacer les tests sur animaux par des méthodes performantes et pertinentes pour l’homme.

Toutes des espèces très éloignées de l’homme

Et quid du chien en tant que modèle animal ? Outre le fait que le chien marche sur quatre pattes, cet animal est éloigné de nous d’environ 80 millions d’années d’évolution. Tout comme le singe, le chien beagle est soumis à l’élevage intensif afin de fournir un animal de laboratoire « propice ». Cependant, le chien est moins fiable qu’un jeu de pile ou face à prédire l’effet d’un médicament sur notre organisme. Malgré tous les chiens « sacrifiés » au cours des tests réglementaires, les pathologies du foie chez les patients humains constituent la principale cause de mortalité liée aux médicaments.

Finalement, si le chimpanzé, notre plus proche cousin dans l’évolution, n’est plus considéré comme indispensable par le NIH, toutes les autres espèces étant plus éloignées de nous en termes d’évolution, il faut conclure qu’elles seraient d’encore moins bons « modèles ». La chute du premier domino « chimpanzé » entraîne donc celle de tous les autres dominos « primates », « chiens », « rats », « souris », « poissons zèbre », « pinsons »…

La seule question qui se pose actuellement est si la Belgique sera parmi les premiers pays à reconnaître la faillite du modèle animal et la nécessité de son remplacement par les meilleures technologies de ce XXIe siècle. On l’espère bien.

© Vince

 

Pour l’expérimentation : Éric Muraille, Maître de recherches au FNRS, attaché à l’Université libre de Bruxelles © URBM

POUR

Sale temps pour la science. Jouant sur l’émotion et des pseudo-controverses scientifiques, des associations prétendent à l’inutilité de l’usage d’animaux dans la recherche scientifique. Une campagne de dénigrement qui en rappelle d’autres.

Récemment, l’équipe dirigée par le docteur Alban de Kerchove, directeur de recherche au FNRS à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), a réussi une avancée significative dans la compréhension des mécanismes impliqués dans la dépendance à la cocaïne. Elle a identifié un gène qui, lorsqu’il est génétiquement inactivé chez la souris, supprime chez celle-ci la dépendance à la drogue. Cette découverte s’est traduite le 12 juillet 2018 par une publication dans la revue EMBO Reports, et a eu droit à quelques honneurs dans la presse belge.

Honneurs bien mérités. Ce n’est pas tous les jours qu’une équipe belge publie dans un journal de ce niveau et apporte un peu de visibilité à nos universités. Le travail est également indiscutablement d’intérêt public. Il contribue à l’identification des voies de signalisation impliquées dans la dépendance aux drogues. Voies qui constituent potentiellement des cibles pharmacologiques pour traiter chez l’humain cette dépendance. Actuellement, la vie de 15,5 millions d’Européens est impactée par la dépendance aux drogues. Sans compter la multitude formée par les conjoints, familles et proches qui en souffrent également.

Une pétition a cependant été lancée contre ce travail par Activiste Pour Les Animaux (Apla) et fut reprise par l’asbl Suppression des Expériences sur l’animal (SEA.): « Souris dépendantes à la drogue. Une soi-disant grande découverte à l’ULB. Encore une expérience qui engendre des souffrances pour les animaux et qui n’apportera rien à l’être humain ». En conséquence, plusieurs dizaines d’emails agressifs, remettant en cause l’intérêt de son travail et son intégrité morale, ont été adressés au docteur de Kerchove.

L’intérêt de l’expérimentation animale pour traiter la dépendance aux drogues chez l’humain est pourtant historiquement établie. La molécule la plus efficace pour traiter la dépendance au tabac, la Varenicline, appelée aussi Champix, a été mise au point grâce à l’étude d’un modèle de souris inactivant une des sous-unités du récepteur nicotinique à l’acetylcholine à l’Institut Pasteur de Paris.

Cette histoire, sans grandes conséquences, pourrait se résumer à un banal fait divers. Elle est néanmoins tristement symptomatique de la difficulté croissante à pratiquer sereinement une activité de recherche scientifique.

L’usage d’animaux à des fins de recherche scientifique a toujours suscité, à juste titre, un intense débat moral et philosophique. Mais récemment, la stratégie de communication des associations luttant contre l’expérimentation animale est passée de la dénonciation de sa cruauté à celle de son inutilité. Des associations telles que Gaia, SEA., Apla., ProAnima et Antidote Europe, revendiquent de disposer de comités scientifiques indépendants et de s’opposer à l’expérimentation animale pour des raisons strictement scientifiques. L’absence de contradiction à leurs messages mène de nombreux citoyens et certains politiciens à être sincèrement convaincus que, puisque des docteurs, des vétérinaires et des philosophes affirment que l’expérimentation animale ne sert à rien, cela doit bien être vrai. Communication jouant sur l’émotion, exploitation de cas particuliers et création de toutes pièces d’une pseudo controverse scientifique constituent une stratégie bien rodée de communication ayant fait ses preuves dans le dénigrement de la théorie de l’évolution, de la réalité du réchauffement climatique et de l’efficacité des vaccins.

Dans sa lutte contre l’expérimentation animale, André Ménache, conseiller scientifique de S.E.A. et directeur d’Antidote Europe, va encore plus loin et n’hésite pas à remettre en cause l’utilité même d’une recherche fondamentale en science du vivant. Au journal Le Vif du 25 avril 2018, il affirmait : « On peut se poser la question à quel point ces recherches universitaires sont efficaces » et de citer une « étude américaine de 2010 » démontrant qu’à peine « 0,004% de ces recherches mèneraient au développement de médicaments utilisables ». S’en suivait l’affirmation de l’obsolescence de l’expérimentation animale et la prophétie de sa prochaine interdiction par la Région wallonne, qualifiée de « premier gouvernement européen à interdire totalement les expériences sur les animaux ».

Un nouveau Code du bien-être animal en Wallonie

Espoir déçus. Le gouvernement wallon a adopté définitivement le 19 juillet 2018 le nouveau Code du Bien-être animal. Ce Code transpose dans la législation belge la Directive européenne 2010/63/UE réglementant la pratique de l’expérimentation animale. Suite aux nombreuses critiques formulées par la communauté scientifique , il n’intègre plus dans sa forme finale bon nombre de revendications des associations contre l’expérimentation animale, telles que la possibilité pour ces associations d’inspecter les animaleries des laboratoires de recherche ou de participer aux commissions éthiques validant les projets de recherche, qui y avaient été introduites initialement. Rageuse, S.E.A dénonce sur son site les « pressions agressives et incessantes » exercées sur le Ministre Carlo Di Antonio par les expérimentateurs sur animaux et n’exige rien de moins qu’une commission d’enquête parlementaire belge visant à statuer sur l’efficacité de l’expérimentation animale.

Revenons à l’affirmation par André Ménache d’une efficacité de la recherche scientifique de 0,004% sur base d’une étude scientifique américaine. L’article cité identifie et comptabilise parmi 25 190 articles scientifiques, à l’aide d’un algorithme de recherche par mots-clés, les articles ayant mené de manière directe au développement d’une innovation pertinente en santé humaine. Ce que cette étude, très basique, teste en réalité, c’est si la recherche scientifique menant à une innovation thérapeutique se résume à une causalité linéaire: un article menant directement à une innovation. Quand on teste cette hypothèse de linéarité, on observe une fréquence de 0,004%. Ce nombre ne démontre nullement l’inefficacité de la recherche mais que le processus menant à une innovation est de nature non linéaire. En effet, un article scientifique s’appuie toujours sur de nombreux autres articles scientifiques, dont seule une petite partie est citée dans la bibliographie. De plus, une innovation est en général le résultat d’une compréhension mécanistique d’un phénomène, résultant d’une interaction entre de nombreux champs parfois très différent du savoir. La connaissance n’est pas réductible à une somme linéaire d’articles scientifiques, elle émerge de leur interaction, le plus souvent de manière non linéaire, complexe et donc, largement imprévisible. Un simple étudiant en thèse de biologie est déjà bien conscient de cette réalité, qui semble pourtant totalement échapper à André Ménache. Sa demande d’une commission d’enquête sur la validité de l’expérimentation animale, qui serait ouverte au public, revient en réalité à exiger la constitution d’un tribunal populaire pour juger la science.

Si le nouveau Code wallon du Bien-être animal constitue un compromis raisonnable entre protection animale et nécessité d’une recherche scientifique d’intérêt public, il reste néanmoins inquiétant de voir la Région bruxelloise se fixer comme objectif la réduction de 20-30% de l’usage d’animaux en expérimentation animale, et ce, en dépits de l’avis critique unanime des comités d’experts scientifiques consultés par la Secrétaire d’Etat Bianca Debaets. Les scientifiques étaient déjà devenus des auto-entrepreneurs, en charge de trouver leurs financements et de rendre visibles les résultats de leurs recherches. Il semble qu’il leur faille désormais aussi une casquette de lobbyiste, simplement pour assurer le maintien d’une recherche scientifique académique. On s’en serait bien passé. Sale temps pour la science.





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Arrêtez les transports longues distances d’animaux vivants

Cet état de fait dure depuis de nombreuses années. Des films tournés, le plus souvent en caméra cachée, ont montré le martyre enduré par ces

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Transports longues distances d'animaux vivants

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Ce sont des expérimentateurs sur animaux qui sont ainsi financés et donc que des souris, des rats, des poissons, des moutons, des truies,...

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