L’expérimentation animale indéfendable – S.E.A. et son conseiller scientifique André Ménache

S.E.A. participe au Groupe de réflexion sur les alternatives à l’expérimentation animale
Université de Namur, Salle des Conseils – 6ème étage de la Faculté de Philosophie et Lettres, rue de Bruxelles 61, 5000 NAMUR

Le 5 février 2016, la deuxième réunion sur l’utilisation des méthodes alternatives a eu lieu à l’Université de Namur. S.E.A. y était représentée par ses deux conseillers scientifiques, le Docteur André Ménache, directeur d’Antidote Europe, ainsi que le Docteur Edgard Vandeput, psychiatre.

Le Docteur André Ménache a remercié les organisateurs de ce groupe de réflexion (Ministère du Bien-être animal, Région wallonne) et, préalablement à son exposé, fait quelques remarques d’introduction :

Le débat concernant l’expérimentation animale a, la plupart du temps, engagé l’argument moral et philosophique, ce qui est tout à fait compréhensible. Mais, aujourd’hui, compte tenu des dernières connaissances scientifiques ainsi que d’une meilleure compréhension de la biologie évolutionnaire, il est temps de profiter davantage de l’argument scientifique, qui est souvent plus tranchant que l’argument moral et philosophique.

Par rapport à la première réunion du groupe de réflexion qui a eu lieu le 3 novembre 2015, lors de laquelle S.E.A. avait rappelé son refus d’adhérer à la politique des 3Rs (raffinement, réduction et remplacement) et sa volonté de remplacer l’expérimentation animale par des méthodes alternatives ne recourant pas à l’animal, le docteur Ménache a apporté des précisions très intéressantes :

A propos des 3Rs : Les 3Rs ont été conçus en 1959 et nous ont bien servi comme point de départ. Aujourd’hui, les 3Rs ne sont plus forcément le meilleur outil pour achever le but envisagé par Russell et Burch, vu l’évolution de la science et vu les connaissances les plus récentes.

Exemple : Dans le cadre de la recherche fondamentale, il n’existe quasiment pas d’alternatives de remplacement aux expériences sur l’animal . Donc si nous voulons remplacer les animaux dans le cadre de la recherche fondamentale, il faut étudier le problème dans d’autres perspectives. Par exemple, nous pouvons examiner le coût-bénéfice de cette recherche en utilisant les revues de synthèses et d’autres outils qui nous permettront de mettre en évidence leur taux de succès. Actuellement, une des plus importantes revues de synthèses montre que le taux d’application de la recherche fondamentale pour le progrès médical est dérisoire (0,004 %).

Par respect pour les contribuables (qui, parfois sans le savoir, financent la recherche sur les animaux), il serait souhaitable de prendre en compte l’opinion publique en ce qui concerne ce coût-bénéfice. Un des plus grands sondages subventionnés par la Commission européenne (publié en 2006) a montré que 68 % des citoyens de l’UE sont opposés à la recherche fondamentale impliquant les animaux de toute espèce.
Pour la recherche fondamentale, on devrait remplacer la question : « Existe-il, oui ou non, des alternatives ? » par la question : « Est-ce que votre modèle animal est pertinent pour l’homme ? Si oui, fournissez nous des preuves scientifiques rigoureuses ».

Le principe des 3Rs ne remet pas en question la validité du modèle animal. Ceci représente une de ses plus grandes carences, et peut-être son plus grand échec, puisque cela oblige les commissions d’éthique à approuver une demande impliquant des animaux aussitôt que l’auteur de la demande a coché les cases pour respecter les 3Rs.1

A propos des alternatives2 : Pour le grand public, le mot « alternatives » signifie le remplacement absolu des tests sur animaux vivants, y compris sur leurs cellules.3 Ceci est le cas dans le cadre de tests pour remplacer l’animal pour les produits cosmétiques. En ce qui concerne les méthodes alternatives déjà validées par EURL-ECVAM (European Union Reference Laboratory for alternatives to animal testing – Traduction : Laboratoire de référence de l’Union européenne des alternatives à l’expérimentation animale), environ 80 % de ces soi-disant alternatives utilisent toujours des animaux (donc moins d’animaux dans le cadre de la réduction) ou des cellules issues d’animaux (donc remplacement relatif).
A l’exception des tests liés à la réglementation, comme l’autorisation de mise sur le marché d’un nouveau médicament ou d’une substance chimique dans le cadre de l’OCDE, une alternative n’a pas besoin de passer par la validation si elle a fait ses preuves de façon empirique, par exemple l’utilisation de cellules en culture pour étudier la toxicogénomique ou la pharmacogénomique.

Les sources de financement de la recherche animale et des alternatives : Les chiffres d’expérimentation animale devraient être mis en relation avec les chiffres de l’augmentation des méthodes alternatives. Il faudrait peut-être aussi voir le financement des méthodes alternatives (à l’heure actuelle, 98 % du financement et destiné à l’expérimentation animale et seulement 2 % aux méthodes alternatives). Ces chiffres sont très proches de ceux de l’Université de Genève, en Suisse (CHF : 7 millions pour l’expérimentation animale contre CHF : 300.000 pour les méthodes substitutives = 4 %).
Nous proposons 50 % – 50 % en Wallonie. Il s’agirait de méthodes de remplacement absolues. C’est ce que le grand public comprend par le mot « alternatives ».

La situation au niveau européen (ICE-STOP VIVISECTION) et belge (CENTRE BELGE DES ALTERNATIVES) : Concernant l’ICE-STOP VIVISECTION, en tant que l’un des représentants, j’ai été déçu que la Commission Européenne ne nous ait accordé que 34 minutes de parole sur 3 heures et demie de conférence et qu’au final, la C.E. ait rejeté nos 10 propositions, y compris la demande de l’application de méthodes déjà validées par l’ECVAM et agréées par l’OCDE ou encore déjà inscrites dans la Pharmacopée.

Le poids des preuves contre la validation classique : Cette ICE-STOP VIVISECTION a toutefois réussi à récolter plus d’un million de signatures de citoyens de l’UE, convaincus, à juste titre, qu’il existe une argumentation scientifique contre l’expérimentation animale, alors qu’auparavant la majorité des militants et du grand public considéraient les tests sur animaux comme « un mal nécessaire » et se basaient uniquement sur des arguments éthiques et philosophiques. La technologie moderne ainsi que nos connaissances actuelles en matière de biologie évolutionnaire, la théorie de la complexité et du chaos, du génome humain et de la médecine personnalisée, et le fait que le NIH  (Nationial Institutes of Health  –  Traduction : Instituts nationaux de la santé) a annoncé qu’il ne subventionnera plus la recherche biomédicale sur les chimpanzés, tout cela met en question la validité du modèle animal par rapport à la santé humaine.

Le Centre belge des alternatives : Autrefois, le Docteur Claude Reiss et moi-même avons eu de très bons échanges avec le Sénateur belge Roland Gillet quand au Centre belge des alternatives. Je pense que notre idée commune était de créer un centre de toxicogénomique comme celui qui existe actuellement à Maastricht. Il se peut qu’avec une répartition plus équilibrée de 50 % – 50 % pour subventionner les méthodes alternatives, on pourrait établir un tel centre en Wallonie. Entre-temps, il serait utile d’inviter des scientifiques du Centre de Maastricht pour des « ateliers » en Wallonie.

Le rôle indispensable de la communication : J’ai constaté pendant ma présentation de l’Initiative Stop Vivisection, lors de l’audition au Parlement européen, le 11 mai 2015, que le plus grand défi aujourd’hui pour remplacer les animaux de laboratoire n’est plus la technologie mais plutôt la COMMUNICATION. C’est-à-dire, comment communiquer un message assez complexe au grand public ainsi qu’à nos députés alors que la plupart des gens n’ont pas de formation scientifique. Tant que le débat reste superficiel, par exemple 34 minutes au total pour les trois représentants de l’ICE-STOP VIVISECTION au sein du Parlement européen, les chercheurs et les industriels ne seront pas pressés de trouver des solutions pour remplacer leurs animaux.
Ce que je propose est un débat continu, approfondi et scientifiquement rigoureux, à plusieurs niveaux, afin de proposer des solutions dignes du 21ème siècle. Je propose donc des débats universitaires, entre scientifiques et avec des chercheurs utilisant des animaux afin de leur permettre de mieux expliquer et de mieux justifier leur utilisation d’animaux. Je propose également des réflexions pour les membres des commissions d’éthique, avec la participation d’experts externes (par exemple, du centre de toxicogénomique de Maastricht) mais également avec des experts comme le professeur Coenraad Hendriksen et le Docteur Jan Bas Prins (Workshop to identify the reasons for the breeding of surplus GM animals and to devise recommendations as to how the number of animals that are bred but not used can be reduced to a minimum).
Je propose également un Consensus Conference ou Public Jury, comme le font les pays scandinaves pour résoudre des problèmes de société importants (comme les OGM, l’assainissement des centres nucléaires, etc.)
Finalement, je propose un recours au tribunal pour mettre en application la Directive 2010/63/EU concernant les méthodes alternatives déjà validées par EURL-ECVAM et agréées par l’OCDE mais toujours non utilisées dans l’industrie. (exemple : le MAT pour remplacer le test de pyrogénicité utilisant des lapins).

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